Kiddystar

Conte - Marcus Hönig

 

       Il était une fois, un jeune homme si triste qu’il pleurait sur son sort.          
      J’ai grandi sans amour,  disait-il, et il n’avait personne d’autre que lui-même à qui le dire.

       Ainsi, il pleurait chaque jour que le soleil brille ou non, d’avoir grandi sans amour.

       Seul, il s’était bâti une petite cabane tout en haut de la colline. Une modeste maisonnette dans laquelle il n’y avait qu’un petit lit, une petite table, une petite chaise et une petite fenêtre.

       Un jour, alors qu’il était en quête de nourriture dans la forêt environnante, il croisa un chat.  
     
            — Pourquoi pleures-tu ? lui demanda le chat.         

            — J’ai grandi sans amour et depuis mon premier jour personne ne m’a aimé, lui répondit le jeune homme. 
          
            — As-tu bien regardé partout, s’il n’y avait quelque part un peu d’amour pour toi ? reprit le chat.        
 
            — Certes oui, partout où il est possible et je n’y ai rien trouvé. Il faut croire, petit chat, qu’il en sera ainsi jusqu’à ma mort.

Le chat se frotta les moustaches et demanda :    

            — Es-tu certain d’avoir bien regardé, car ce que tu prétends me parait impossible ?

            Le jeune homme, pensant alors qu’il avait mal regardé, et que toute cette infortune serait de sa faute, pleura davantage encore .    

            Le chat, touché par tant de détresse, posa sa patte dans la main du malheureux et lui dit : 
          
            — J’ai parcouru le monde mon ami, et nulle part je n’ai vu malheur pareil au tien. Je vais réfléchir à ton sort.

Sur ces mots, il repartit à toute allure comme il était arrivé, laissant là le jeune homme dans son désespoir.  

            Une nuit passa et le chat reparut devant la cabane. Il frappa à la porte.

Le jeune homme ouvrit et vit le chat qui lui dit ceci :     
     
            — Voici pour toi une paire de lunettes, des lunettes magiques qui te permettront de voir l’amour. Fais-en bon usage.    
  
            Le chat lui tendit les lunettes et partit comme l’éclair.   
     
Le jeune homme, les verres à la main, s’étonna d’un tel cadeau.    
            J’ai de bons yeux qui ne me trompent pas, que m’apporteraient les lunettes du chat ?        
Sur ces pensées, il posa les lunettes sur la petite table et pleura, cette fois à cause de la moquerie du chat.         


            Une nuit passa et le chat reparut devant la cabane. Il frappa à la porte.

Le jeune homme ouvrit et vit le chat.      

            — Veux-tu encore te moquer de mon malheur ? Va-t’en et ne reviens pas.   
       
            — Comme tu voudras, lui dit le chat, mais sache que pour bien voir il te faut d’abord y croire.

Le chat, laissant derrière lui un nuage de poussière, disparut dans le bois. 

       Sitôt qu’il fut à nouveau seul, le jeune homme se dit qu’ai-je à perdre ? et il chaussa les lunettes du chat.           
Le monde lui apparut flou comme jamais, il trébuchait et se cognait partout, s’infligeant les plus grands maux. Il forçait son regard à voir à tout prix ce qu’il désirait, sans résultat. Son pied s’accrocha dans une racine et il tomba de tout son long par terre.

       Satané chat qui se joue bien de moi, cria-t-il.

Il regagna sa cabane et jeta les lunettes sur la petite table.

Blessé par les fausses promesses du chat, à qui il jura de faire un sort, ses pleurs redoublèrent.          

       Une nuit passa et le chat reparut devant la cabane. Il frappa à la porte.

Le jeune homme ouvrit et vit le chat.      

            — Ah, maudite bête, hurla-t-il en voulant se jeter sur le petit animal.   
     
            Le chat, qui avait parcouru le monde et connaissait les malheurs des hommes, et qui ne s’attendait à rien d’autre, grimpa en haut d’un arbre. De là haut, de sa douce voix , il dit :      

            — Ce sont tes yeux qui pleurent, mais c’est ton cœur qui souffre. Si tu veux voir l’amour, regarde avec ton cœur. N’oublie pas, ce sont des lunettes magiques.     

Le chat sauta de branche en branche et disparut.    
           

       Le jeune homme, épuisé par les facéties du chat, se dit une nouvelle fois qu’ai-je à perdre ? et chaussa les lunettes.

Cette fois, prudent, il resta assis sur sa chaise posée devant la cabane pour ne point tomber et fit le tour de l’horizon, cherchant l’amour avec son cœur.

Calmé et rempli d’un nouvel espoir, il put se lever sans trébucher.

Les verres certes grossissaient tout ce qu’il connaissait déjà, mais il n’y vit rien de neuf ou de semblable à l’amour.

       À la nuit tombante, il se dit grâce à ce fichu chat j’en ai la preuve, nul amour pour moi sur cette terre, ni de près ni de loin. La malédiction s’acharne sur moi et pour m’achever m’envoie ce chat !    
            Il regagna sa cabane et jeta les lunettes sur la petite table. 

            Une nuit passa et le chat reparut devant la cabane. Il frappa à la porte.

Le jeune homme ouvrit et vit le chat.      

            Le jeune homme, qui ne désirait plus que la mort, ne trouva pas de mots assez durs pour le chat.     
    
            — Tu veux donc ma mort ? N’avais-je pas assez de malheur à porter avant que tu ne viennes me torturer ? 
       
            — Mon ami, lui dit le chat, tu cherches l’amour en plein jour. Cette chose n’est pas une évidence, comme tu le crois, qui se présenterait à toi au premier regard, mais un trésor caché et il faut savoir voir mais aussi écouter. Attends le soir, mieux, la nuit noire, chausse tes lunettes et tends l’oreille.

Sur ces conseils, le chat fila à toute allure et disparut.    
            Le jeune homme, vidé de toutes ces forces, se dit alors qu’ai-je à perdre ? et attendit le soir.


            La lune et ses étoiles en place dans le ciel, il chaussa les lunettes et écarquilla les yeux. Alors, son cœur tout à coup s’ouvrit et il vit comme jamais le fond de l’univers.

Il faisait de grands ah et de grands oh et avait là devant lui un nouveau paysage où peut-être l’amour se cachait. Tout était si vaste qu’une nuit n’y suffirait pas pour tout voir.       


            Une nuit passa et le chat reparut devant la cabane. Il frappa à la porte.

La porte cette fois resta close. Le chat doucement l’ouvrit et trouva sur son lit le jeune homme endormi. Doucement, il lui caressa le front.   
  
            — Alors, qu’as-tu vu ?          

            — Je ne peux le décrire, c’est si grand que je n’y trouverai rien. Petit chat, m’accordes-tu encore ton aide ? 

            — Mon ami, dors le jour et ce soir, chausse tes lunettes et regarde là où il fait le plus noir.     
    
            Sur ces mots, le chat sauta du lit.

       Le jeune homme dormit tout le jour et le soir venu, comme le chat le lui avait indiqué, il chaussa ses lunettes et regarda là où il fait le plus noir.

       Il n’y vit d’abord rien, puis un petit point. Il se frotta fort les yeux pour essuyer ses larmes et vit la chose grossir encore et encore là où l’instant d’avant il n’y avait rien à voir. La chose grossit tant dans ses verres qu’il fut prit de frayeur et jeta les lunettes sur la petite table.

À présent je deviens fou ! cria-t-il, ses mains sur le visage.

Épuisé, il s’endormit.       


            La nuit passa et le chat reparut devant la cabane. Il frappa à la porte.

Le jeune homme ouvrit et vit le chat.      

            — Veux-tu donc me faire perdre la raison ? demanda-t-il au chat.

            — À quoi bon te donner des conseils si tu n’en fait qu’à ta tête ? lui répondit le chat.   
     
            — N’étais-je pas moins malheureux avant que tu ne viennes jusqu’à ma cabane ? Au moins étais-je certain de mon malheur !     
             
            — L’amour, cher ami, s’adresse à tous tes sens. Ne devais-tu pas tendre l’oreille ?

            Le chat, sur ces paroles, disparut comme une ombre dans la forêt. 

       Le jeune homme dans son lit, pleura en dormant jusqu’à ce que vienne la nuit.

Il se dit alors qu’ai-je à perdre, que me reste-t-il ? Je suis si seul. Abandonné, à présent dans les griffes d’un chat qui me nargue et me provoque de toutes les manières les plus ignobles. Qu’ai-je à perdre ? répéta-t-il dans sa cabane et il glissa les lunettes sur son nez.

       Le petit point, qui la nuit précédente était sorti du trou le plus noir de l’univers, occupait à présent la moitié du ciel. Le malheureux n’en croyait pas ses yeux. Il était tout absorbé à contempler cette étoile nouvelle, qu’il entendit au loin un bruit.

       Tacatac Ticatacatac Tocaticatac

       Il tendit ses oreilles pour mieux entendre et dressa son cou par la petite fenêtre pour mieux voir. La chose, qui couvrait bientôt tout le ciel de la nuit, gonflait et gonflait encore et encore. Le bruit étrange alla de plus en plus fort.

       TACATAC  TICATACATAC  TOCATICATAC

       Le spectacle dura ainsi jusqu’au premier rayon de soleil.

       La nuit passée, le chat reparut devant la cabane. Ce matin, le jeune homme l’attendait.

       — As-tu vu ce que j’ai vu ? As-tu entendu ce que j’ai entendu ? Pourquoi, le chat, au premier rayon du jour tout cela n’est plus ?

       — Crois-tu avoir vu l’amour ? demanda le chat.

       — Comment le saurais-je, je ne sais quelle forme il a.

       — Qu’as-tu entendu alors ?

Le jeune homme reproduit aussi fort qu’il le put le bruit, pour le faire entendre au chat.

       — TACATAC  TICATACATAC  TOCATICATAC

       — Ah, dit le chat, c’est donc cela.

       — Assez de mystère, répond, quel est ce bruit venu du lointain et qu’est cette chose qui vient ?

       — C’est bien l’amour, mon ami, que tu as entendu là, lui dit le chat. C’est aussi l’amour que tu vois. Et pourtant tu ne le ressens pas. Tout cela en est la preuve, mais en la matière cela ne suffit pas.

       — Il ne serait pas pour moi ? demanda le jeune homme des bois.

Le chat, qui se tut, cligna des yeux et disparut.

       Le jeune homme, égaré dans ses pensées, se présenta fatigué à sa fenêtre le soir.

       Qu’ai-je à perdre, dit-il, le ciel est là.

       Et il chaussa ses lunettes.

       Ce qu’il vit couvrait le ciel entier et grossissait encore. C’était une chose en tous points pareille à la terre, comme si elle se regardait dans un miroir. Des mers, des lacs, des terres hautes et basses, du bleu, du vert, de la terre et des vents.

Soudain, TACATAC TICATACATAC TOCATICATAC, comme un grand battement de cœur.

       Il jeta les lunettes sur la petite table, s’élança par la petite porte de la cabane et donna de la voix vers la forêt :

       — Chat, viens écouter avec moi !

       Le chat sortit du bois et alla écouter.

       — C’est un cœur, dit-il. J’en ai entendu un grand nombre, partout sur la terre. Si celui-ci est parmi les hommes, mon ami, je le trouverai.

       Il sauta par terre et sur le seuil de la cabane, dit encore : laisse-moi le jour, je le trouverai.

       Le chat partit faire le tour de la terre. Il posait son oreille sur toutes les poitrines qu’il rencontrait. Il allait à travers le monde pour écouter les cœurs. Certains battaient comme ceci, d’autres comme cela. En nombre d’entre eux, l’amour était abondant. Le chat passait de maison en maison et posait son oreille sur les poitrines.

       Il arriva en haut de la dernière colline qu’il n’avait pas visitée.

       Là, entourée d’une forêt, pointait vers le ciel un joli tipi, et à sa fenêtre une jeune fille aux cheveux noirs.

       Elle faisait coucou à la fenêtre.

       — Que fais-tu donc ? lui demanda le chat.

       — Je fais coucou à mon amour, répondit la jeune fille.

       — Quel amour, où est-il donc ? demanda encore le chat.

       — Là, ne le vois-tu pas ? Il vient vers moi et m’emportera.

Le chat s’étonna.

       — Est-ce cette autre terre qui descend vers nous ? Tu la vois, alors qu’il fait grand jour ?

       — Oui, c’est lui.

La jeune fille sortit du tipi et fit des cabrioles. Ses cheveux noirs et sa jupe dorée volaient de joie. Le chat la trouva merveilleuse.

       — Oui, dit-elle encore, je suis amoureuse.

       — Jeune fille, as-tu un nom ? demanda le chat.

       — Je m’appelle Kiddy et je vis dans ce tipi, dit-elle en faisant coucou au ciel.

       — Kiddy, dit le chat, es-tu heureuse ?

Kiddy s’arrêta pour caresser le chat, et dit :

       — J’ai grandi sans amour, beau chat. C’est bien différent à présent, je suis amoureuse.

       — Comment as-tu fait cela ? lui demanda le chat.

Kiddy répondit :

       — Je le sens, il est là, il est pour moi et je suis pour lui. Rien n’est trop fou pour l’amour, rien trop lointain. S’il faut, pour l’embrasser, quitter la terre, j’irai cette nuit sans me retourner.

       — Comment sais-tu qu’il y sera ? interrogea le chat.

       — Là où je l’attendrai, il viendra à moi, dit Kiddy aux cheveux noirs.

Le chat, voyant la nuit tomber, posa son oreille sur la poitrine de Kiddy.
Son cœur disait TACATAC  TICATACATAC  TOCATICATAC.

Le chat offrit une caresse et partit comme l’éclair.

       La nuit passa, et le chat reparut devant la cabane. Le jeune homme cette fois, pleurait comme jamais, les lunettes à la main, toutes brisées.

       — Chat, tu ne m’apportes que malheur et désespoir. Cet amour qui vient est bien trop grand, il m’écrase et me fait peur. Si c’est cela que j’espérais je préfère y renoncer. Tiens, reprends tes verres cassés.

Le chat lui conta l’histoire de la nuit, du tipi, de Kiddy et de l’amour qui descend sur elle, de sa colline semblable à celle du jeune homme, de la vision de Kiddy en plein jour, de ce que comme lui elle a grandi sans amour, de son cœur battant à tout va qui remplit l’univers.

Le jeune homme à ces mots sentit son cœur battre plus fort et demanda au chat de lui raconter encore.

       — Kiddy, dis-tu ? Comment est-elle ? voulu-t-il savoir.

       — Sa jupe est dorée et ses cheveux noirs. Elle bondit de joie, elle est amoureuse. Elle sait qu’il viendra et qu’elle sera à lui, dit le chat pour un récit fidèle.

Le jeune homme s’en étonna.

       — Qu’elle sera à lui et qu’il sera à elle ? Mais, chat, de qui parle-t-on ?

       — Mon ami, de celui qui à cette heure ne le sait lui-même, mais qui espère et cherche plus fort que jamais.

       — Oh, cela ne peut être moi, je ne suis digne de rien, ni de toi, ni de Kiddy, ni d’aucun amour humain. J’en suis fatigué, laisse moi dormir. Va-t’en le chat, et ne reparait pas.

       Le jeune homme sombra dans un profond sommeil. Il rêva de Kiddy comme s’il l’avait vu de ses yeux. Il ne la jalousait pas, mais pour elle il était heureux. Il rêva qu’il posait sa main sur la poitrine de Kiddy pour sentir son cœur quand soudain le tira de son lit un formidable bruit.

TACATAC  TICATACATAC  TOCATICATAC

Qu’arrive-t-il, s’écria le jeune homme en ouvrant les yeux, la nuit n’est pas là !

Il courut vers la petite fenêtre et se pencha.

Grand ciel, l’autre terre est là, je peux la toucher de ma main !

Au–dessus de la cabane il la vit tourner, et là sur une colline un tipi et une jeune fille aux cheveux noirs. Elle lui souriait et faisait coucou par la fenêtre. De toute la vie du jeune homme, cet instant lui était le plus cher. Il leva sa main et fit coucou à son tour. Leurs regards se touchèrent d’une terre à l’autre et dans un élan formidable, Kiddy s’en alla avec son monde, comme l’éclair, vers le fond de l’univers.

       La nuit venue, devant la cabane, le chat reparut.

       — Alors, l’ami, tu ne voulais plus me voir ?

       — Oh chat, je ne comprends plus mon malheur. Dans ma poitrine mon cœur se tord comme un serpent et me fait si mal. Suis-je malade à présent ou proche de la mort ?

       — L’ami, dit le chat, n’est-ce pas ce que tu désirais le plus fort ?

       — Je ne le veux plus. Je ne sais pourquoi, gémit le jeune homme, je veux tout autre chose. Regarde comme le ciel est vide.

       — Vide ? se moqua le chat. Tu es bien un homme. N’as-tu donc rien vu, rien entendu ?

       — Je ne peux l’affirmer et peu m’importe, car à présent j’ai ce serpent en moi.

       — Un serpent, en es-tu sûr ?

       — Oui, il s’agite là entre mon cou et mon ventre comme s’il allait sortir.

Le chat se frotta les moustaches en regardant le jeune homme se débattre dans son mal étrange.

       — Laisse-moi donc l’écouter, les serpents ont tant à dire aux hommes comme toi.     

       — Oui, supplia le jeune homme, guéris-moi.

Le chat posa son oreille sur la poitrine du jeune homme.

       — Est-ce grave, parle donc, le chat !

       — Oh, je ne pense pas. Veux-tu savoir ce qu’il dit ?

       — Oui, supplia-t-il une nouvelle fois.

       — Bien, comme tu voudras, dit le chat. Point de serpent, ni de maladie.
           C’est ton cœur qui dit, Tacatac Ticatacatac Tocaticatac.

Le jeune homme lança ses yeux au ciel.

       — Kiddy, c’est moi, c’est moi, c’est moi !

Le chat, content, leva la patte et dit :

       — Regarde encore, regarde mieux.

Le jeune homme regarda encore, regarda mieux.

       — Là, cria-t-il, un point dans le ciel. C’est elle, c’est elle !

Le chat, à pas feutrés, se retira.

Tout proche de la cabane, couché sur une racine, le chat écouta l’écho de l’univers.

Tacatac Ticatacatac Tocaticatac

Du lointain, de l’inespéré lointain revint Kiddy sur son vaisseau formidable. Elle faisait coucou à la fenêtre et le jeune homme faisait coucou à son tour. Une grande lumière éclaira la nuit. Le chat leva les yeux au ciel. Une terre merveilleuse s’en allait au loin. Devant le tipi, souriants, main dans la main, Kiddy et le jeune homme, dansaient une ronde de joie. Ils regardèrent la terre une dernière fois, et la main sur le cœur dirent merci au chat.

FIN

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