Portrait ? Mieux sans… toute cette lumière.
Je suis plutôt celui de l’ombre, de la coulisse. Et cela a toujours été ainsi. Mais comment ne pas vous en livrer un peu alors que vous me donnez de vous sans limite, avec une confiance qu’il me faut mériter ?
Du plus loin que je me souvienne, mon attention s’est portée sur les autres. Les adultes qui parlaient au-dessus de la table, les autres enfants, les paroles dans la rue et les gens qui se racontent. L’imagination aidant, les récits n’étaient jamais loin, et l’étonnement de voir qu’en chacun est à l’œuvre un destin unique toujours plus fort.
Le monde que je percevais à travers les autres semblait beau, dangereux, exaltant et jamais ennuyeux. Les vies sont ainsi, en mieux, en plus fort encore. Quelquefois, très jeune surtout, tant de réalités à la fois pouvaient facilement générer une confusion. Me trouver dans l’incapacité de choisir mon destin a longtemps été la règle. Je voulais tout faire, être la petite souris professionnelle, l’acteur des vies. Médiateur, justicier, explorateur, rien de moins.
L’école, ma période de grandes tempêtes, semblait vouloir me tordre le bras et me fondre, comme un métal, dans un moule auquel je me refusais de toutes mes forces. Cela aura produit un chemin indéterminé, qui pouvait avoir une allure instable, mais toujours en recherche de liberté.
Vous pouvez en avoir un aperçu ici : Bagage – autobiographie de l’autoroute des funérailles.
« La liberté, c’est choisir ses contraintes. » C’est de cette manière qu’il m’a fallu me débattre dans le grand fleuve, avec ce goût à la fois pour la précision, le travail nécessaire qui me permettrait d’aller où je le voudrais, et celui de l’imprévu et de toutes ses variantes.
La constante fut l’écriture, présente dès la sortie de l’enfance. Écriture qui fut le seul « instrument de pensée » capable d’apaiser, de former un ordre dans l’apparition des protagonistes de la vie. La fiction, mais pas seulement : témoignages, récits, poésie sont de la partie. Je ne sais si je lui suis resté fidèle ou réciproquement, mais, à ce jour, notre histoire continue.
Tantôt papa, travailleur des industries, de l’agricole, du social, du bureau d’études, de l’informatique, de l’associatif, du sport, de la forêt et des jardins, romancier, animateur d’ateliers et bien d’autres casquettes… toujours curieux et confident secret de ce dont ce monde est fait, de ce dont les parcours des vivants sont faits.
Écrire votre biographie revient plus exactement à écrire votre autobiographie. Ce rôle d’écoutant, distant et tout proche à la fois, est nourri de ces multiples sentiers empruntés. Être le prête-plume, l’écrivain fantôme, cela me va, je m’y sens bien.
Il en aura fallu du chemin pour en sentir la légitimité, en percevoir la compétence, s’engager dans cette rencontre très particulière qu’est l’écriture de votre « je ». Mettre au service de votre voix l’expérience littéraire pour ce livre qui doit vous ressembler. Il vous ressemblera, ou ne sera pas.
Allez, je m’éclipse, il y a du pain sur la planche !
Littéralement né sur une frontière, en 1973, à Wissembourg.
Depuis plus de trente ans en Ardèche. Cette terre se laisse aimer. On y reste étranger.