Le jaloux

Le jaloux

Il était une fois un homme
qui comptait trois amis
et sa femme, qu’il jalousait
de peur qu’elle ne partage avec un autre son lit

Il parla à ses amis en ces mots
allez voir, soyez mes yeux
dites-moi si cela est vrai
qu’elle en aime un autre, plus que je ne le veux

Le premier dit
je te suis fidèle et le serai jusqu’à la mort
il l’épia
et vint rendre à l’homme son rapport

Qu’as-tu vu, parle l’ami
le soir venu, dit celui-ci
elle pénètre une maison
d’où ne sort aucun bruit

Le second se leva
incapable, dit-il au premier
tu n’es digne de rien
ni même d’amitié

Il disparut à son tour
et revint la nuit tombée
l’as-tu vu ?
lui as-tu parlé ?

Je l’ai vu, oui
puis elle m’a révélé
et l’ami se tut
en ayant trop dit

Le troisième se gonfla et dit
lâches, honte sur vous
j’irai moi-même
et vous révèlerai tout

Le soir suivant
blanc de teint
pour toute parole
il ne dit rien

Quels amis êtes-vous donc ?
vous tient-elle dans sa main ?
l’homme toisa ses compagnons
je tuerais pour vous et pour moins que cela

Les trois se levèrent comme un seul homme
honteux
l’ami, nous tuerons pour toi
au couteau, à la corde et au feu

Ils partirent
les poings serrés
célébrer par le sang
la fraternité

Le premier revint
lame à la main
je n’ai rien pu faire
mais écoute moi

Le mari lui trancha la gorge
qu’allait-il lui dire ?
que l’autre
valait mieux que lui ?

Le second à son tour
fut étranglé
refusant de dire
et de révéler

Le troisième apparut
parle, mais parle donc
rien n’en sortit
pas un mot, pas un bruit

Le mari, vilain jaloux
saisit la torche
où est-elle ?
dis-moi au moins cela

Debout dans le sang de ses frères
l’ami leva le doigt et montra au loin
elle est là, mais
n’y va pas, mon cher

L’homme partit
et sema le feu
autour de la maison
d’où ne sort aucun bruit

Il admira en rage
la justice se faire
quand il vit dans les flammes
l’ombre de sa femme

Torche humaine
elle ne put que d’un geste
lui lancer un mot
mais trop tard

Le brasier déjà
la harcelait
alors que lui
lisait ces lignes

Oh, mon homme
c’est pour toi, que tout le jour j’écrivais
pour te dire tout mon amour
que je ne pouvais perdre

Déjà morte et loin de lui
son souffle fit lever
des lettres d’amour
le jaloux, perdu, au feu, se jeta à son tour