Une fin précoce,..

Une fin précoce,..

S’il est avéré que l’on accorde trop peu d’attention à ce que l’on aime ou à ce qui nous fait plaisir, il est tout aussi certain que cela se fait d’abord à nos dépens.
Je suis allé, ce jour, rendre une visite à une ville merveilleuse qui abrite un bureau de tabac.
Les liens qui peuvent se créer avec les volutes de cette plante sont proches de ceux qui s’établissent avec la nourriture en général. L’indifférence lorsque le besoin n’y est pas, une capacité à vous faire parcourir un certain nombre de kilomètres dans tous les autres cas.
Mon paquet de tabac était rendu à l’état de torchon plat.

L’ambiance de poubelle de bloc opératoire qui règne dans un bureau de tabac, au moins sur toute la largeur du champ de vision, n’est pas un problème. Lorsqu’il me faut patienter, car précédé d’autres chanceux, je joue seul à deviner s’ils vont tirer le paquet avec le trou dans la gorge ou l’excroissance inexplicable logée sur une langue.
Il faut noter comme un fait certain que l’artiste, le type du design de chez « c’est pour ton bien » a conçu son œuvre autour d’un ensemble.
Sans doute sa thématique de prédilection n’avait pas grand-chose à voir avec la santé des individus.
Mon dernier paquet représentait sur sa gauche le buste, le visage surtout, d’un homme allongé, yeux clos. Une tubulure transparente à l’aspect d’instrument à vent qui disparaissait dans la bouche de l’intéressé était fixée par deux ronds blancs collés sur les joues. Cela ressemblait à des écouteurs qui auraient raté les oreilles de peu.
L’homme devant moi tomba sur la même photo et, comme je le ferai tout à l’heure lorsque ce sera mon tour, il dit merci.

Soudain, alors que mon heure sonna de commander un paquet de tabac neuf, une femme déguisée en poumon s’avança en toussant par la coulissante porte d’entrée pour s’arrêter à mon côté.
D’entrée, je compris être tombé, grâce à ma légendaire propension à dire oui à ce de quoi la providence ne sait quoi faire, sur un modèle de prévention d’un genre nouveau.
Elle avait l’air d’un ragout froid.
Je me raccrochais aux images rassurantes derrière le comptoir, m’attendant au pire venant de ma nouvelle voisine.
Celle-ci ne tarda pas à me distribuer une série de coups de coude pulmonaires en me lançant : pourquoi fumez-vous ?
J’ai cru qu’elle allait ajouter « jeune homme », ne serait-ce que pour me donner l’impression d’avoir plus de vie à gâcher qu’à mon âge, mais elle ne le fit pas.
Parce que c’est bon, lui répondis-je, espérant que cela suffirait pour qu’elle me laisse en paix et que la guichetière étende son bras et me donne le paquet avec la photo du monsieur avec le tube. Elle fit onduler ses alvéoles qui lui descendaient des épaules jusqu’à mi-cuisse en se penchant vers moi...